Sur les pistes d'une montre connectée 100% suisse
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On the trail of a 100% Swiss connected watch
Le Temps — L'Invité, 17 January 2017 By Antoine Lorotte, director of FiveCo
We must fight to ensure products are built in our country — but for that, our engineers must continue to produce disruptive innovations.
Section: Watchmaking — Forum — Swiss economy
To make a splash at the SIHH high watchmaking fair, the Swiss watch brand H. Moser & Cie has just created a buzz by making a cheese watch valued at over one million francs. Through this fantastical model, the watchmaker intends to challenge public opinion on the Swiss Made label which, in its view, is too lax — despite the new law.
The cheese watch
Indeed, since 1 January, objects produced by watchmakers must contain 60% of components made in Switzerland to benefit from the "Swiss Made" label (previously, just half was sufficient). The cheese watch — a 100% Swiss natural resource — mocks the fact that certain brands benefiting from the label do not insist on having all their components manufactured in Switzerland. Transposed to the connected watch, this question takes on an entirely different dimension.
The question is no longer simply whether the brand makes efforts to create jobs in Switzerland, but whether it has the technological know-how to build the product in the country and with what added value.
Three non-Swiss leaders
For some years now this subject has been raised without anyone truly proposing solutions. During this time, three major players have shared the market (Apple, Huawei, Samsung) and more recently, TAG Heuer — the renowned watchmaking brand — entered the race. Yet this last, despite being more expensive, shares the same operating system as the other two and does not currently carry the Swiss Made logo.
Is an innovative country like ours capable of creating a complete connected interface — with hardware built in our factories, but also an operating system and applications designed and developed by our engineers? To achieve this feat, one must not only be innovative; it also requires considerable means. Before embarking on such an enterprise, one must question the true engine of innovation.
One must acknowledge that this engine cannot be motivated solely by the specification sheet regarding the geographical origin of the watch's components. Swiss Made only makes sense because it stamps a quality and innovation effort. It is therefore the latter that must be the centre of our attention. In the connected watch space, the challenge for our country's companies is above all to create a connected watch that presents genuine added value articulated around a disruptive use.
Bringing real added value
What are we capable of bringing more of, or better than, the other innovators working on the connected watch worldwide? A first area of work lies in improving the vital organs: how to make them more efficient? Avenues for reflection have been opened: longer battery life, higher-performance electronics with new sensors… On all these fronts, our engineers are expected to deliver and must prove themselves. But these improvements, purely quantitative in nature, will be far from sufficient.
It is at the level of creativity that Swiss watchmakers must show what they know how to do. In global competition, the only way to differentiate from the connected watch lies in the capacity to bring exclusivity.
Swiss-made connected watches should be equipped with absolutely differentiating functionalities. One avenue would consist of developing peripheral accessories whose use would be exclusively reserved for a specific watch model. One could imagine, for example, a specific sensor that would interact with a golf ball to provide information that only the watch could receive.
Why not a temperature and humidity sensor installed in a wine cellar or a cigar humidor to monitor storage conditions… The logic being to create uses that are made possible only by the addition of a sensor and a specific application — without going through the phone — in order to reinforce the utility of the watch.
Inventing functionalities
The invention of such functionalities would thus allow niche markets to be targeted and would give a new impetus to Swiss watchmaking, in what it knows how to do best: satisfying the desires of clients in search of exclusivity and excellence. Such a product could very well see the light of day in our local Silicon Valley. It should be recalled that despite its small size, our country ranks sixth in the Top 100 Global Innovators Report that has just been published.
If we want to maintain the prestige of Made In Swiss, quite obviously we must fight to ensure products are built in our country. But for that, our engineers must continue to produce disruptive innovations on a par with those that have, throughout history, contributed to the reputation of our local know-how. Otherwise a day will come when this know-how will no longer hold any value — and it will not be because 40% of watch components will come from other lands.
Photo credit: Reuters Caption: An Apple Watch user employs the Apple Pay function.
🇫🇷 Français
Sur les pistes d'une montre connectée 100% suisse
Le Temps — L'Invité, 17 janvier 2017 Par Antoine Lorotte, directeur de FiveCo
Il faut se battre pour que les produits soient construits dans notre pays, mais, pour cela, il faut que nos ingénieurs continuent de sortir des innovations disruptives.
Rubrique : Horlogerie — Forum — Eco Suisse
Pour marquer le coup dans le cadre du salon de la haute horlogerie (SIHH), la marque de montre suisse H. Moser & Cie vient de réaliser un buzz en fabriquant une montre en fromage d'une valeur de plus de un million de francs. Par ce modèle fantaisiste, l'horloger entend interpeller l'opinion sur le label Swiss made qui, selon lui, est trop laxiste et ce, malgré la nouvelle loi.
La montre en fromage
En effet, depuis le 1er janvier, les objets produits par les horlogers doivent comporter 60% de composants produits en Suisse pour bénéficier du label «Swiss Made» (pour rappel, seule la moitié suffisait auparavant). La montre en fromage qui est une ressource naturelle 100% suisse tourne en dérision le fait que certaines marques — qui bénéficient du label — ne s'imposent pas l'intégralité de leurs composants fabriqués en Suisse… Transposée à la montre connectée, cette question prend un tout autre aspect.
La question n'est plus simplement de savoir si la marque fait des efforts pour créer des emplois en Suisse, mais si elle a le savoir-faire technologique pour construire dans le pays le produit et avec quelle valeur ajoutée.
Trois leaders non Suisses
Cela fait maintenant quelques années que ce sujet est abordé sans que l'on n'ait vraiment proposé de solutions. Pendant ce temps trois grands acteurs se sont partagés le marché (Apple, Huawei, Samsung) et plus récemment, TAG Heuer, la marque horlogère réputée s'est lancée. Or, cette dernière, bien que plus chère, partage le même système d'exploitation que les deux autres et ne porte pas à ce jour le logo Swiss made.
Un pays innovant comme le nôtre est-il en mesure de créer l'intégralité d'une interface connectée, avec, d'une part, un hardware construit dans nos usines, mais, également un système d'exploitation et des applications conçues et développées par nos ingénieurs ? Pour réussir cette prouesse, il ne faut pas seulement être innovant, cela nécessite également des moyens considérables. Aussi, avant de se lancer dans une telle entreprise, on doit s'interroger sur le vrai moteur de l'innovation.
Force est de constater alors que celui-ci ne peut pas être uniquement motivé par le cahier des charges de l'origine géographique des pièces qui composent la montre. Le made in Swiss ne fait sens que parce qu'il vient estampiller un effort de qualité et d'innovation. C'est donc ce dernier qui doit être le centre de notre attention. En matière de montre connectée, l'enjeu pour les entreprises de notre pays est davantage de créer une montre connectée qui présente une véritable valeur ajoutée articulée à un usage disruptif.
Amener une réelle valeur ajoutée
Que sommes-nous capables d'apporter de plus, ou de mieux que les autres innovateurs qui travaillent partout à la montre connectée dans le monde ? Un premier chantier se trouve dans l'amélioration des organes vitaux : comment rendre celle-ci plus performantes ? Des pistes de réflexion ont été lancées : batterie avec autonomie plus longue, électronique plus performante avec de nouveaux capteurs… Sur toutes ces parties, nos ingénieurs sont attendus au tournant et doivent faire leurs preuves. Mais ces améliorations, d'ordre purement quantitatif, seront loin d'être suffisantes.
C'est au niveau de la créativité que les horlogers suisses doivent montrer ce qu'ils savent faire. Dans la compétition mondiale, la seule manière de se différencier par rapport à la montre connectée réside dans la capacité d'apporter l'exclusivité.
Les montres connectées Swiss-made devraient être dotées de fonctionnalités absolument différenciatrices. Une piste consisterait à développer des accessoires périphériques dont l'usage serait exclusivement réservé à un modèle de montre. On peut imaginer, par exemple, un capteur spécifique qui permettrait d'interagir avec une balle de golf pour donner des informations que seule la montre pourrait recevoir.
Pourquoi pas un capteur de température et d'humidité installé dans une cave à vin ou un humidor à cigare pour surveiller les conditions de stockages… La logique étant de créer des usages qui ne soient rendus possibles que par l'addition d'un capteur et d'une application spécifique et ce, sans passer par l'utilisation du téléphone pour bien renforcer l'utilité de la montre.
Inventer des fonctionnalités
L'invention de ces fonctionnalités permettrait ainsi de cibler les marchés de niche et donnerait un nouveau souffle à l'horlogerie suisse, sur ce qu'elle sait faire de mieux : satisfaire les désirs des clients en quête d'exclusivité et d'excellence. Un tel produit peut tout à fait voir le jour dans notre Silicon Valley locale. Faut-il rappeler que malgré sa petite taille notre pays arrive sixième au Top 100 Global Innovators Report qui vient juste de sortir.
Si on veut maintenir le prestige du Made In Swiss, bien évidemment, il faut se battre pour que les produits soient construits dans notre pays, mais, pour cela, il faut que nos ingénieurs continuent de sortir des innovations disruptives à la hauteur de celles qui, dans l'histoire, ont contribué à faire la réputation de notre savoir-faire local. Sinon viendra un jour où celui-ci n'aura plus de valeur et ce ne sera pas parce que 40% des composants des montres viendront d'autres contrées !