Transcription de l'interview:
Antoine : Aujourd'hui dans notre podcast Les Acteurs de l'Innovation, on a la chance de recevoir pour la première fois un entrepreneur qui dirige une société de famille et qui en est président du conseil d'administration. Christophe Paris, un grand merci d'avoir accepté l'invitation. Comme toute première question, est-ce que tu peux nous présenter ton parcours professionnel depuis tes études ?
Christophe : Merci Antoine pour l'invitation. Je représente la 3e génération de l'entreprise Valentine Fabrique SA. On est situés à Romanel-sur-Morge et on fabrique des friteuses pour le monde professionnel et pour le monde entier. Mon parcours professionnel : j'ai commencé par un apprentissage — je ne sors pas de la filière universitaire. Ça m'a bien formé, et ensuite j'ai fait des études complémentaires pour devenir un bon chef d'entreprise, connaître les ficelles du métier et avancer dans mon parcours d'entrepreneur.
Antoine : J'apprécie souvent, quand on discute ensemble, ta sagesse. Tu écoutes, et après tu prends une décision. J'ai toujours beaucoup apprécié ça. En termes d'innovation, est-ce que tu peux nous donner ta vision aujourd'hui ?
Christophe : L'innovation, c'est un grand mot — un mot qui peut être très vague. Pour moi, c'est tester des choses, aller de l'avant, essayer de trouver de nouvelles formules, de nouvelles idées. Certaines arriveront sur le marché un jour, d'autres peut-être pas. Mais c'est investir de l'argent dans la recherche, dans des choses nouvelles, prendre un peu de risque et essayer d'avancer dans cette direction.
Antoine : Le mot risque revient souvent dans ce podcast quand on cherche à définir l'innovation. Maintenant, chez Valentine, quand on parle de friteuse, on ne s'attend pas forcément à trouver de l'innovation. J'aimerais vraiment t'entendre nous raconter l'envers du décor.
Christophe : Tu as tout à fait raison. On est dans un domaine très conservateur. Nos clients ont peur de l'électronique, de choses qui leur semblent hors sujet — il faut leur donner confiance. Donc on fait de l'innovation, mais pas de l'innovation complètement disruptive. On amène des nouveautés progressivement, petit à petit. Le point le plus difficile dans notre métier, c'est de donner confiance — avec un nom comme Valentine, qui est reconnu dans le domaine, on peut arriver avec de petites innovations qui font la différence.
Antoine : En fait, ce que tu veux dire, c'est que la notoriété aide à faire passer l'innovation en douceur ?
Christophe : Oui et non. Tu as raison, mais je te jure que sur le marché, nos clients ont peur. On amène une petite innovation et ils se disent : "Oh là là, ça va être compliqué dans ma cuisine, il fait 40 degrés, est-ce que ça va tenir ?" Non — ce qu'il faut, c'est prouver par A+B que cette innovation fonctionne, qu'elle va leur rendre service et leur apporter une vraie plus-value. C'est toute la difficulté qu'on a.
Antoine : Tu viens de sortir la nouvelle gamme The Core. Quel a été l'élément déclencheur de cette démarche ?
Christophe : Je représente la 3e génération, et on changeait de produit tous les 10 ans environ. Le moment était venu de faire quelque chose. On s'est mis autour d'une table avec mes ingénieurs et on s'est demandé : où est-ce qu'il faut aller ? On s'est dit qu'il fallait intégrer l'électronique et rendre l'utilisation de nos machines plus simple. On aime donner des noms comme KISS à nos projets — Keep It Stupid and Simple — faire des choses simples qui fonctionnent. C'est ça que les clients aiment. On a changé tout le design, amélioré beaucoup d'aspects de l'ancienne génération, mais surtout, ce qui change vraiment, c'est l'électronique. On a travaillé avec FiveCo pour ça et on est très contents. On est au tout début du lancement commercial, on va dans un salon dans quelques jours pour le présenter — mais nos clients sont déjà très réceptifs.
Antoine : Comment tu vois l'avenir de Valentine ? Est-ce qu'une PME comme la vôtre doit continuer à innover ?
Christophe : L'innovation est l'une de nos valeurs — c'est le chemin qu'on doit tracer. Si une entreprise comme nous, 30 à 40 personnes, n'innove pas ces prochaines années, on va droit dans le mur. J'en suis persuadé. On fait face à de grands groupes avec beaucoup d'ingénieurs et beaucoup de moyens, qui innovent aussi. Nous, on doit le faire à notre échelle — mais on doit le faire. Si on reste sur nos lauriers, on ne pourra pas pérenniser l'entreprise.
Antoine : Tu es un fervent défenseur du Swiss Made — et je sais que toi aussi. Félicitations pour maintenir la production à Romanel. Peux-tu nous parler de cette difficulté ?
Christophe : Le Swiss Made est reconnu mondialement — c'est synonyme de qualité et de fiabilité. C'est très important à défendre. Mais aujourd'hui, je constate que fabriquer en Suisse devient de plus en plus compliqué : tout est cher, les démarches administratives s'alourdissent, et nos concurrents sont soit dans la zone euro, soit asiatiques ou américains, avec des produits beaucoup plus compétitifs au niveau tarifaire. On apporte une plus-value qualité, on a des gens très compétents — mais c'est de plus en plus dur. On le voit avec les droits de douane américains récents. J'espère que ça va se calmer. Le politique pourrait aussi nous donner un coup de main pour qu'on puisse continuer à produire en Suisse ces 20 prochaines années. Ce serait vraiment une catastrophe si Valentine devait quitter la région lausannoise.
Antoine : Y a-t-il un défi lié à l'innovation dont tu aimerais nous parler ?
Christophe : J'aimerais parler d'un défi futur. On a la patate qui sort du sol, on a la frite — et entre les deux, on a quelque chose qu'on appelle aujourd'hui une friteuse. Mais est-ce que cette carcasse en inox va évoluer dans les prochaines années ? C'est ce qui me titille. J'aimerais, d'ici 5 à 10 ans, amener quelque chose de différent — pas forcément révolutionnaire. On parle beaucoup des friteuses à air chaud. Je ne suis pas sûr que ce soit la bonne direction, mais il y aura des innovations dans ce produit — et j'en suis convaincu, elles viendront de Valentine. Que ce soit sur l'énergie, la santé, le nettoyage, l'écologie — il y a beaucoup de thèmes sur lesquels on peut travailler. C'est ça qui me réjouit.
Antoine : Serais-tu prêt à diversifier et à t'attaquer à d'autres équipements de cuisine professionnelle ?
Christophe : Non. On s'est beaucoup posé la question, et on a recentré nos actions sur la friteuse. Je suis persuadé qu'on mangera encore des frites dans 20 ou 30 ans — elles seront différentes, mais on mangera des frites. On est tellement reconnus pour la friteuse qu'on restera très forts dans ce domaine. On a le savoir-faire, et on va continuer à innover dans cette direction.
Antoine : Comment as-tu trouvé le partenariat avec FiveCo ?
Christophe : Excellent. D'abord, on s'est rencontrés, on a discuté de ce qu'on voulait faire et des possibilités. Ensuite, nos ingénieurs ont pu travailler ensemble — et c'est là que le développement a vraiment commencé. Ils se sont très bien entendus. Aujourd'hui, on peut affirmer que le résultat est très positif. On est très contents du travail accompli par l'équipe FiveCo, et bien sûr, on va continuer à travailler avec un partenaire aussi sérieux.
Antoine : Pour clore cette interview — l'innovation en un seul mot, pour toi, c'est quoi ?
Christophe : Le progrès.
Antoine : J'aime bien. Changer, avancer, innover. Christophe, un immense merci. C'est un réel plaisir de t'avoir interviewé. On mettra en lien les coordonnées du site de Valentine dans le podcast. Un grand merci pour tout — et longue vie à Valentine !
Christophe : Merci à l'équipe, merci beaucoup.