Transcription de l'interview:
Antoine : Bonjour. Aujourd'hui dans notre podcast sur les acteurs de l'innovation, je suis particulièrement fier d'accueillir Nicolas Durand. Nicolas, on se connaît depuis de nombreuses années. J'ai un profond respect pour ton travail, particulièrement sur ce que tu as fait pour Abionic. Pour commencer cette interview, j'aimerais que tu nous racontes ton parcours en quelques mots.
Nicolas : Merci Antoine, c'est un plaisir d'être ici. Mon parcours est à la fois très simple et assez mouvementé. Quand j'étais gamin, j'avais un rêve : devenir entrepreneur. À 14 ans, avec un copain, on a monté une petite boîte d'informatique. C'est une expérience qui m'a vraiment plu. Du coup, je me suis dit que j'avais envie de créer une start-up high-tech, un peu comme celles qui émanaient de la Silicon Valley. Et le meilleur chemin pour atteindre cet objectif, c'était d'aller à l'EPFL, de faire de bonnes études et d'essayer d'avoir accès à une technologie unique. J'ai donc fait des études de microtechnique, puis je me suis dit qu'un doctorat serait une bonne chose — pas dans une logique académique, mais vraiment dans une logique entrepreneuriale. J'ai choisi le laboratoire de l'EPFL dont sortaient le plus de start-up, en me disant que je serais ainsi dans un vivier d'entrepreneurs. Et c'est comme ça que tout a commencé — en tout cas, pour l'histoire d'Abionic.
Antoine : Quel parcours. Grand fan. Si tu devais maintenant parler d'innovation — pour toi, l'innovation, c'est quoi ?
Nicolas : Pour moi, la définition de l'innovation, c'est de transformer une idée en valeur. Ça peut être un produit, un service, ou une nouvelle manière de fonctionner. Mais l'essence de l'innovation, c'est de créer quelque chose de nouveau, d'ingénieux, qui permet idéalement de changer le monde dans le bon sens.
Antoine : Est-ce qu'il y a un défi particulier où tu t'es dit : "Là, il y a une vraie innovation qui va naître de tout ça" ?
Nicolas : Dans l'histoire d'Abionic, la technologie a été le premier grand défi de cette aventure. Avec mon collègue Iwan Märki, on est vraiment parti de zéro — d'une idée consistant à se dire : si on arrive à forcer des molécules à entrer dans un canal à dimension nanoscopique, peut-être qu'on arrive à faire du diagnostic rapide. Et il faut comprendre que c'est une agglomération de différents types de technologies : de la nanotechnologie, de la chimie, de la biologie, de l'électronique embarquée, de l'informatique, de la mécanique de précision, de l'optique biomédicale. Chacune de ces technologies avait ses propres défis. Et toute la beauté de cette histoire, c'est d'avoir trouvé les bonnes personnes, les bons experts, pour faire en sorte qu'à la fin tout fonctionne.
Antoine : Quelle aventure ! Aujourd'hui, tu fais moins d'ingénierie. Est-ce que ça te manque ?
Nicolas : Oui, ça me manque beaucoup, parce que j'adore toucher la technologie. Je le fais maintenant sur mes heures perdues, comme passion. J'ai plein de petits projets que j'essaie de développer dans ma cave, et j'essaie aussi d'intéresser mes enfants à travailler sur certains projets avec moi. Ça va de l'arcade de jeux à un petit panneau pour indiquer l'état du trafic. En ce moment, j'essaie de travailler sur un projet d'intelligence artificielle en créant mon propre système LLM. Il y a plein de petits projets qu'on peut faire en parallèle, et ça reste une passion. J'aime évoluer dans une entreprise pour laquelle l'innovation et la technologie ont une place importante.
Antoine : Tu as besoin de défis, en fin de compte ?
Nicolas : Oui. Et de défis technologiques, parce que c'est vraiment quelque chose que j'adore.
Antoine : Dans ton parcours, tu as fait un PhD, monté une société, et tu travailles maintenant pour le campus biotech à Genève, tout en soutenant la CVCI. Est-ce que tu vois un point commun dans l'innovation, qu'il s'agisse de PME, de multinationales ou du monde académique ?
Nicolas : Le point commun dans tout ce que tu viens de résumer, c'est vraiment l'impact. On a une vie professionnelle — et une vie tout court — qui est très courte. Il faut en profiter pour faire des choses qui ont un impact positif sur les autres. Tu mentionnais mon activité à la CVCI : on est typiquement dans un cadre où on ne peut pas seulement se plaindre que les conditions-cadres ne sont pas parfaites — on doit aussi agir. Il existe pour ça des organes comme la chambre, qui sont adéquats. Même si les impacts sont sur le très long terme, parce que le lobbying politique prend énormément de temps — des années avant qu'il y ait un impact mesurable — le plus tôt on commence, le plus tôt on aura un résultat. Donc on ne se désespère pas et on avance.
Antoine : Merci pour ton engagement. On a une question qu'on pose à tous nos acteurs de l'innovation : en un seul mot, c'est quoi, l'innovation pour toi ?
Nicolas : Le mot qui caractériserait l'innovation pour moi, ce serait l'ingéniosité. Parce que selon moi, c'est de la créativité appliquée. L'innovation peut avoir lieu dans différents endroits : très tôt dans la recherche, dans le développement, dans l'application translationnelle, ou même dans la manière dont une entreprise s'adresse à ses clients. L'ingéniosité, pour moi, c'est le bon mot.
Antoine : J'aime bien. Un grand merci pour ta présence aujourd'hui. Pour ceux que ça intéresse, vous trouvez beaucoup d'informations sur abionic.com. Au plaisir de continuer à travailler ensemble.
Nicolas : Merci beaucoup pour l'invitation, et bravo encore pour tout ce que vous faites chez FiveCo. C'est impressionnant.