Nectars en cave high-tech
Un monolithe ? Non, une cave à vin mêlant esthétique et électronique, conçue dans le sillage de l'EPFL. Ou quand les dernières technologies flirtent avec l'ébénisterie.
Texte Didier Bonvin
À l'heure du tout connecté, les livrets de cave, où chaque entrée et sortie de millésime est soigneusement notée à la main, apparaissent comme des vestiges d'un autre monde. C'est une des réflexions qui a généré la création d'un objet étonnant : « Mémoire du vin. » Il s'agit d'une sorte de monolithe en chêne massif, surplombé d'un élégant écran tactile, pour gérer sa cave façon Steve Jobs. Ce meuble intelligent est le résultat de trois ans de recherche et de développement. Il permet d'identifier un vin ou de connaître le contenu de sa vinothèque personnelle.
Antoine Lorotte, diplômé de l'EPFL, est un des cerveaux à l'origine de l'idée. « Nous voulions revisiter le livret de cave, en version du XXIe siècle », explique-t-il devant un monolithe prêt à partir pour New York. Sous le bois brut se cachent des bijoux de technologie. Le meuble est livré avec des anneaux transpondeurs à glisser sur les goulots des bouteilles. Une rapide manipulation sur l'écran tactile permet de rentrer les données du cru, transmises alors par radio-identification (RFID) à l'anneau. Par sécurité, le tout est aussi conservé sur un serveur externe et sur une clé USB sertie en chêne au pied du socle. On n'est jamais trop prudent !
Une vinothèque peut ainsi être mémorisée à l'infini. Une interface sur l'écran tactile permet de consulter sa cave pour choisir la bonne bouteille. Et, à l'ère de la mobilité, toutes les données sont consultables à distance de n'importe quel smartphone, tablette ou PC. « Nous nous adressons à des gens qui voyagent et qui voudraient connaître leur stock à distance pour savoir quoi acheter », explique Antoine Lorotte.
51 000 heures de recherche
Sur l'écran, les vins sont représentés dans un tableau et classés selon la couleur, le domaine, le producteur, l'appellation, la région et le pays. Le programme permet de faire une recherche par type de vin pour choisir le cru du dîner ou, plus probablement, faire de la spéculation. On l'aura compris, l'objet ne s'adresse pas au premier gourmand qui passe. Le prix le destine clairement à une élite financière : comptez 28 000 francs pour le modèle en chêne et 32 000 fr. pour l'édition mi-carbone. Cher ? Effectivement. Antoine Lorotte explique ce prix stratosphérique par les heures de recherche passées à la création. Les ingénieurs de FiveCo ont passé au total 51 000 heures pour parvenir à cette version commerciale. Le merveilleux joujou s'est déjà vendu à onze exemplaires dans le monde. Certains en Suisse, d'autres à New York, à Los Angeles et à Dubaï.
Le monolithe est entièrement fabriqué en Suisse. L'ébéniste travaille le chêne à Bussigny, le bureau d'ingénieur est sis à Renens et le designer, Philippe Vallaz, œuvre à Vevey. Bref, les métiers nécessaires pour fabriquer cette merveille sont du cru. Et à l'international, le label Swiss made est perçu comme un gage de sérieux et de fiabilité.
L'ingénieur Antoine Lorotte avoue sa passion pour les crus millésimés, liée à l'enfance. Il se souvient des moments passés avec son père dans la cave familiale, à la recherche de la bonne bouteille pour les invités. L'objet high-tech ne gâche-t-il pas ce plaisir simple ? « Je ne crois pas », explique ce féru de haute technologie. « Les deux approches sont très complémentaires et "Mémoire du vin" s'intègre parfaitement dans une cave traditionnelle. »
Le meuble — par ses matériaux et les couleurs de son écran — a été pensé comme une sculpture aux lignes pures et brutes. Sa présence physique a été conçue pour s'intégrer à un salon. Ce mélange de tradition et de technologie se retrouve d'ailleurs dans un autre projet de FiveCo : « Art of Secrets », ou comment réinventer les meubles à tiroirs secrets du XVIIe et XVIIIe siècles. Voilà donc une table de chevet en cerisier massif, au design sobre, qui joue sur les dernières technologies en matière de reconnaissance digitale. En passant le doigt à un endroit discret, l'un des piliers s'ouvre pour dévoiler des compartiments éclairés servant de cachettes à des montres ou des bijoux. Dans la même veine, un bureau est en cours avec des tiroirs confidentiels. Le genre d'objets que l'on ne voit que dans les James Bond.